| Colloque Ali Azayku, un mois après... |
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Les associations ASAYS et ADLIS ont organisé le 15 novembre à la Bourse du travail de Saint-Denis une rencontre autour de l’historien et poète Amazigh Ali Sidki Azayku. Cinq ans après sa disparition, cet intellectuel occupe toujours une place particulière au sein de la communauté intellectuelle amazighe.
C’est en son hommage qu’ASAYS et Club ADLIS ont conjointement organisé ce colloque auquel ont été conviées d’éminentes personnalités du monde intellectuel amazigh, en l’occurrence : Tassadite Yacine, anthropologue et chercheur à l'EHESS, Claude Lefébure, chargé de recherche au CNRS et Didier Lesaout, politologue et professeur de sociologie à l'université de Paris VIII. Ce fut donc un vibrant hommage rendu à cette figure qui a su marquer le monde amazigh, tant par son talent de poète que par son engagement pour la cause amazighe. Poète et historien engagé hors du commun, Azayku est présenté comme une véritable figure de proue dans l'histoire de la pensée amazighe contemporaine.
Un documentaire témoignage…
L’après-midi a commencé par un film documentaire qui présente Ali Azayku à travers le témoignage de plusieurs personnalités marocaines et françaises qui l’ont côtoyé. Ces derniers ont tenté de restituer le parcours du défunt depuis son combat au sein du mouvement amazigh jusqu’à son engagement dans l’administration de l’IRCAM. Un faisceau de témoignages qui a dépeint la complexité du personnage Azayku. Complexité dont certaines manifestations ont été exposées par les intervenants à travers l’éclairage de l’anthropologie, de la poétique et de l’Histoire du mouvement amazigh au Maroc.
De Ali Azayku à Mouloud Mammeri…
Ayant connu Azayku pour avoir partagé avec lui un parcours d’études commun, l’anthropologue algérienne Tassadite Yacine a dressé une comparaison entre Ali Azayku et l’écrivain kabyle Mouloud Mammeri : « Azayku me rappelle beaucoup Mouloud Mammeri : il dépasse les générations » dit-elle en soulignant que les deux hommes ont un goût commun pour un certain éclectisme mêlant d’une part, la langue et la culture amazighe transmises oralement, et d’autre part, l’éducation francophone et arabophone acquise sur les bancs de l’école. Une combinaison qui s’est opèrée chez eux non pas sur le mode de l’accumulation, mais sur celui de l’enchevêtrement des signes et des cultures qui devient la marque distinctive de leur poétique.
Tassadite Yacine a souligné également qu’Azayku était un intellectuel doté d’une grande ouverture d’esprit et qui curieux du monde qui l’entoure, n’était pas de ceux qui s’en tenaient à l’Amazighité. Un homme qui savait découvrir en curieux et analyser en intellectuel.Azayku, le pionnier…
Quant à Claude Lefébure, chercheur français au CNRS, spécialisé dans la poésie berbère, et auteur de plusieurs traductions des poèmes d’Azayku, il a mis la lumière sur la modernité d'Azayku qui a su renouveller la poésie amazighe tout en prenant appui sur sa structure rythmique traditionnelle.
Avec passion et une émotion à peine dissimulée, Claude Lefébure a récité quelques célèbres poèmes d'Azayku qu’il a traduit, dont l'inoubliable « Gennevilliers ». En faisant un parallèle entre le poème original et sa traduction, le chercheur et anthropologue français a relevé toute la complexité inhérente à l’exercice de traduire Azayku. Exercice qui doit sa difficulté à la prise en compte non seulement de la charge émotionnelle et métrique de la poésie d’Azayku, mais aussi du lien inextricable qu’entretiennent chez celui-ci le vers et le vécu, les mots et les maux.
Cette complexité, Claude Lefébure lui trouve curieusement un semblable écho chez le poète français Mallarmé (1842-1898) tant la poésie de Azayku est inscrite dans une même modernité. Azayku, le poète de la solitude collective, comme le surnomme Lefébure, qui puise pourtant son inspiration dans les sons aux accents amazighs du « bendir » et la cadence de ses pas nocturnes, est définitivement l’inventeur de la nouvelle poésie amazighe moderne.
Azayku, la figure de proue…
Didier Lesaout, professeur de sociologie à Paris VIII, a mis en perspective le combat de Ali Azayku, le militant engagé, en regard des revendications du mouvement amazigh au Maroc dans les années 70 et 80.
Il a précisé que c’est suite à son emprisonnementen 1981, qu’Azayku est devenu la figure de proue que l'on connaît du mouvement amazigh. Cette arrestation inédite marquera à tout jamais la mémoire des militants amazighs et fera du poète engagé le premier militant amazigh à connaître la prison pour ses opinions et revendications.
Mais alors qu’il faisait corps et donné expression aux revendications du mouvement amazighe, Ali Azayku a intégré l’IRCAM. Bien que cette institution ait fait l'objet de critiques très virulentes de la part d'une frange de militants, la particularité d’Azayku tient au fait qu’il a su garder sa crédibilité et son intégrité aux yeux des deux bords. Mieux encore, perçue comme un gage de confiance, l’intégration de Azayku au sein de l’IRCAM a même réussi à concilier cette institution avec un grand nombre de personnes hostiles à sa mise en place.
Au-delà de ces clivages idéologiques, le personnage d’Azayku dépasse les clivages régionaux et s’impose comme une figure amazighe nationale, voire africaine.Un verre et des vers en clôture…
La rencontre s’est clôturée par un récital des poèmes les plus connus d’Azayku, interprétés par l’artiste Mejja. Dans l’intervalle, le public, au nombre d’environ 70 personnes, composés essentiellement d’étudiants et de sympathisants de l’association, a été invité à partager le verre de l’amitié à la mémoire d’Azayku et au devenir de son engagement et de sa poésie qui, nous l'espérons, vivront dans le coeur et l'esprit de tout amazigh. |
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